vendredi 4 avril 2014

Ivory Weeds, ou comment je me suis fait trois amis, et ai perdu ma chérie

Nous sommes à la fin du mois d'octobre 2013, à Paris. Vous connaissez peut-être le bar Chez Camille, rue Ravignan, aux Abbesses. Un petit bar de quartier avec des jeunes gens cools et des consos pas trop chères (merci Arnaud). C'est là que j'ai rencontré un soir Augusta et sa mère. La petite trentaine, Augusta arrive juste à Paris pour une résidence à la Cité des arts de Montmartre, pour un an je crois. Sa maman l'accompagne pour son emménagement. So sweet. Elle débarque, veut rencontrer des gens, découvrir Paris, trouver l'inspiration. 

Ellipse. Soirée anniversaire chez Régine au Caveau des Artistes, 108 boulevard Rochechouart, le 26 octobre. On picole et on s'éclate, comme d'hab. Augusta m'a aussi invité à sa fête ce soir, chez elle, une soirée "open studio", pour quiconque ramène suffisamment de bonne humeur et quelques binouzes. J'ai beaucoup discuté avec Eric ce soir au comptoir (on l'appellera à partir d'ici Peter, de son nom de scène).
"Peter, ce soir, ça te dit d'aller au Danemark ?"



Alors quand Régine ferme, on se met quelques shooters, et on s'éclipse direction la Cité des arts. C'est l'aventure. L'escalade de la butte commence sur le boulevard, et se finit quelque part à mi-chemin du funiculaire. Mais je n'ai aucune idée d'où nous allons atterrir.

D'abord un joli jardin, aux lumières faibles des lampadaires de Montmartre, puis cet immeuble. Tout semble désert. Toutes les portes sont ouvertes. Peter et moi débarquons dans ce studio d'artiste, enthousiastes, curieux, excités. Augusta, donc, et d'autres esthètes, des hipsters, des mecs vraiment perchés, des jeunes, des vieux, beaucoup d'alcool, et de langues différentes. Je spotte le petit groupe qui a l'air un peu plus marrant que les autres, et qui danse n'importe comment. Il est 2h30 mais c'est déjà la fin de soirée on dirait. Je m'approche de la jolie fille au rouge à lèvres pétant, et essaye d'engager la conversation. Malheureusement, elle est d'une beauté bien sauvage. Seul son regard est fébrile, ce qui éveille ma curiosité. Des millions de mystères insolvables ici, j'en suis sûr !
- Avec qui es-tu venue ? 
- Avec ce mec, là bas. 

Ivory Weeds

Je me dirige alors vers John. Il fait de la musique. Beau gosse, et d'un charisme naturel assez énigmatique. Il me fait penser à Jake Gyllenhaal. Je lui demande le nom de son groupe. 
- Ivory Weeds.
- Comme la weed qu'on fume ? 
- Oui. Enfin ça s'écrit pareil, mais ça ne veut pas dire la même chose. 
Le mec habite à Paris depuis quelques mois mais repart demain à Pittsburg, sa ville natale. En lui, je vois les codes de l'indie pop américaine rêvée. Arty, psyché, folk - et ricain.
Ce qu'il se passe après est un peu perso. Mais je vous le dis quand même. 

Je reste en contact avec John, écoute sa musique, et ai confirmation de ce qui est écrit plus haut. L'album qu'il a pondu pendant son séjour à Paris - "A Need For Dissolution" - est d'une classe et d'une finesse époustouflantes. Ce petit gars, là, à côté de moi, à cette soirée improbable à Montmartre, cet inconnu qui sort des albums à tour de bras sur Bandcamp, l'indie boy parfait, c'est lui. Avec ses perles pop qui planent quelque part entre Pittsburgh et le 18eme arrondissement. Là où son esprit peut enfin se "dissoudre", paisiblement. Un petit coin de paix pour ceux, comme lui, qui cherchent encore celui/celle qui les sauvera ("A Need For Dissolution", à 1:11), pour ceux qui se sentent seuls, perdus, à côté de la plaque.



Revenons au rouge à lèvres. Bien sûr, je n'ai plus son prénom. John, depuis Pittsburgh, m'aide à retrouver la mémoire. Ensuite : une romance qui n'aura jamais lieu, mais quelques mail échangés assez magiques, un peu d'espoir, et surtout, au passage, trois nouveaux amis : Peter (Facebook Le Monde de Peter), Augusta (site web Augusta Atla), et John (Ivory Weeds : Facebook, Bandcamp pour télécharger librement toute sa musique, et site web).

Et j'ai découvert, de la plus belle des façons, un album très beau, d'une sensibilité à vif, qui est devenu un classique de mon lecteur mp3. Ses effluves respirent l'éclat du désespoir - comme dans la ligne 2 après minuit -, celui des nuits parisiennes embuées, et des romances perdues. 

Allez, bisous les chéris !

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