Fauve ne laisse personne indifférent, alors écrivons sur Fauve ! Pourquoi cet engouement ? Et comment ? Éléments de réponse pour y voir plus clair, après avoir vu le phénomène en concert le 28 mai 2013 à la Flèche d'Or à Paris.
Fauve est un collectif d'artistes, de potes, qui porte une musique unique. Un slam intelligent et une plume à vif novatrice, sur des instrus fleuves agréables et bien produites. Avec seulement quelques titres bien ficelés et joliment clippés balancés sur la toile, les mecs se retrouvent à la tête d'un buzz musical discret mais sans précédent. "On n'a pas vu un tel engouement en France depuis les débuts de Noir Désir", me dit Julien.
Le bouche à oreille est impressionant, si bien qu'on anticipe lorsqu'un pote de pote lambda nous raconte, entre deux verres, la passion qu'il porte à ce groupe, une flamme dans le regard. Cette écriture acerbe, ce trop de mots balancés dans l'urgence pour raconter un quotidien asphyxiant, peint un tableau si réél qu'il remue, dérange, attire les foudres ou les louanges. Fauve est comme un miroir ou chacun se reconnait romantique, et se libère de la petitesse qui semble l'abattre.
Alors voici ma question : tu adhères ou pas ? "Fauve : guide de survie en milieu urbain d'une génération laissée pour compte et isolée à l'ère numérique", ou "Fauve : chroniques névrotiques et accablantes du français bourge et nombriliste à l'ère 3.0" ?
Sur la longueur des six titres de l'EP "Blizzard" (sorti le 20 mai 2013), le propos se fait accablant, dans le fond, comme dans le forme. Fauve nous parle de nous. On se reconnait, c'est rassurant, gratifiant. Complaisant, en fait. Cette colère rampante et inexplicable que tu ressens le matin, sans jamais oser ni parvenir à mettre des mots dessus, quelqu'un va enfin la chercher pour toi ... Mais tu fais fausse route ! Écouter Fauve, c'est comme manger sa propre merde. Le fond de commerce du groupe, ce sont nos propres doutes sur notre capacité à aimer, à construire, à faire l'amour, à rêver. Un mec très doué pour écrire a mis, à un moment donné, le doigt là dessus. Il appuie, ça fait mal, et on en redemande.
Fauve brasse dans le vide de notre génération, et on s'enfonce avec plaisir dans le néant
Sur la longueur des six titres de l'EP "Blizzard" (sorti le 20 mai 2013), le propos se fait accablant, dans le fond, comme dans le forme. Fauve nous parle de nous. On se reconnait, c'est rassurant, gratifiant. Complaisant, en fait. Cette colère rampante et inexplicable que tu ressens le matin, sans jamais oser ni parvenir à mettre des mots dessus, quelqu'un va enfin la chercher pour toi ... Mais tu fais fausse route ! Écouter Fauve, c'est comme manger sa propre merde. Le fond de commerce du groupe, ce sont nos propres doutes sur notre capacité à aimer, à construire, à faire l'amour, à rêver. Un mec très doué pour écrire a mis, à un moment donné, le doigt là dessus. Il appuie, ça fait mal, et on en redemande.
Mais qu'apporte réellement cette musique ? La pop nous fournit en refrains bidons avec des phrases toutes faites, qu'on peut interpréter de mille façons - à notre façon - parce que c'est la pop, que ça ouvre les portes, et qu'un couplet-refrain accompagné d'un bon gimmick, c'est infini, inexplicable et magique. Alors oui, les textes et les chansons de Fauve sont d'une intensité inouïe. La tension qui s'en dégage a quelque chose de punk. Mais Fauve n'est pas revendicateur, n'est pas rebelle, ni poétique ou rêveur. J'espère que ma génération a plus d'ambition pour elle-même que ces quelques titres qui lui sont cruels, et terriblement réducteurs.
C'est notre solitude qui nous rassemble ce soir, mais à ma grande surprise, pas de partouze générale
Nous l'avons constaté lors du concert du 28 mai à la Flèche d'Or : absence de groove, abscence de communication dans le public. Confirmation que Fauve est une musique introspective et linéaire - une expérience autocentrée, casque sur les oreilles. Mais ce soir, tu es parmi les chanceux à avoir eu ta place, et à pouvoir assister au concert. Alors oui, ta vie est surement aussi merdique que la mienne. Et nous venons en toute logique ici pour écouter ce mec nous re-balancer ça à la gueule … et maintenant ? Apparemment c'est notre solitude qui nous rassemble ce soir, mais à ma grande surprise, pas de partouze générale. À la place, chacun retourne à son "apéro - lexo - clope et film porno sur lesquels on s'entraine rageusement". Qu'espérait-on ? C'était écrit ... (dans "Nuits Fauves", à 00:44 de la vidéo plus bas).
Fauve ne donne pas de réponse, et ne pose pas non plus de question. Fauve brasse dans le vide de notre génération, et on s'enfonce avec plaisir dans le néant.
Fauve ne donne pas de réponse, et ne pose pas non plus de question. Fauve brasse dans le vide de notre génération, et on s'enfonce avec plaisir dans le néant.
Je fais sérigraphier mon t-shirt "Fauve ≠ 28.05.2013 - Nuits Fauves #5", pour me rappeler cette soirée. Rendez-vous dans deux ans, pour faire le point.

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