dimanche 26 mai 2013

Psychédélisme pop et fureur black, au festival indie pionnier This Is Not A Love Song, Nîmes



"This Is Not A Love Song". Un nom ambigu, pour un festival de "musique pop indépendante" pionnier. Comprendre par ces termes : eclectique dans les genres, pointu dans la programmation, une posture authentique et rebelle. C'est à Nîmes, à la croisée du Languedoc Roussillon et de notre chère région PACA. Quelque part entre Montpellier et Marseille, entre la place de la comédie et la cannebière, entre Palavas les Flots et la Madrague. Nîmes, ville romaine. Ca sent le thym, le romarin. On est presque en camargue, et en plissant les yeux on aperçoit les flamant roses planer au dessus des salins d'Aigues Mortes.

Le nom à rallonge du festival fait très groupe Emo des années 00's (Panic At The Disco, Cute Is What We Aim For, Taking Back Sunday…). C'est étrange. Je hume l'air provencal doux de ce milieu de mois de mai. Une fois ces 6 mots digérés (on abrévie TINAL), on s'arrête littéralement sur chaque nom d'artiste affiché. C'est Busy P (Pedro Winter, le boss du label Ed Banger) qui l'a dit : sur le papier c'est le #genredefestivalparfait.

La programmation, les couleurs, le lieu, la salle, sont autant de choses dont on a été sevré dans la région. C'est nouveau, c'est téméraire, c'est incroyable. Alors je prends mon billet pour le premier soir. J'irai voir Animal Collective le mercredi 22 mai 2013, une semaine avant de les voir au Trianon à Paris. J'irai voir tout court, curieux et impatient à n'en plus dormir. 







On prend la route, le soleil se couche sur l'A54. Le lieu, Paloma, est au dessus de nos espérances. C'est un îlot de 6000 m2 de formes géométriques, de textures, d'ombres et de lumières, qui renferme un lieu de vie, de résidence, et d'expression pour les artistes. On est en face de l'aérodrome de Nîmes courbessac, au milieu de nulle part. Mais ce soir, on est au centre du monde, pour tout français amateur de musiques nouvelles. C'est ici qu'il faut être, on le croit. Et même pour ceux qui bossent demain.

On franchit le seuil. A l'intérieur, on se donne vite raison : design moderne éclatant et apaisant, avec des gens cools, une équipe avenante, une atmosphère fraîche palpable, et des beaux gobelets en plastique consignés. On discute par hasard avec le programmateur - le mec qui a le meilleur job ce soir. À 22h15, il devrait avoir la pression, mais donne la sensation d'être le mec le plus sympa de la terre. 100% chill. 

On écoute deux trois groupes, on se pose dans le patio, en plein air, au centre de l'édifice, entre les deux salles. Ambiance paillotte de bord de plage / vernissage au palais de Tokyo. C'est ambitieux et familial à la fois, et c'est la pointe de l'indie internationale dans notre pays. Le festival n'a rien à envier au Primavera Sound (22 - 26 mai, Barcelone), ou à la Vilette Sonique (23 - 26 mai, Paris, avec 10 degrés de moins).

On se jette sans se retourner, et c'est trois claques direct avec Death Grips (vidéo du concert ci-dessous), sensation rap-hardcore-rave-post-brocoli (© Chloé Machenaud). Le mec met tout le monde d'accord, et nous rappelle que la musique n'attend pas la mélodie pour aller de l'avant. Dans ma tête, je tombe le t-shirt et je slamme. En réalité, je lêve les bras vers le ciel, en hommage à la musique punk et à la rébellion rap, pour prendre ma dose d'énergie brute et de fureur black.




Les portes de la grande salle réouvrent à minuit pour Animal Collective. Je fais ma prière à (dans l'odre ci-dessus) Deakin, Panda Bear, Geologist, et dieu Avey Tare (fascinant chamane à la large mâchoire, responsable d'environ 70% des mots magiques du collectif). C'est un concours de freaks sur scène, comme ce groupe est insaisissable. Depuis plus de 10 ans et autant d'albums, les mecs écrivent les bases des schémas pop du futur. 

Ce qui aurait du être une messe autour des idoles du psychédélisme-pop moderne - pour tous les kids et fanatiques de cette moitié de la France - tourne au concert de fin de soirée presque intimiste. C'est cool parce j'ai l'impression qu'Avey Tare chante pour moi tout seul, mais ça manque d'hystérie collective (sic). Il est tout de même 1h du matin, nous sommes à Nîmes, dans le gard, un mercredi. Mais le set d'une heure et demie reste généreux, avec ses fulgurances attendues : "Today's Supernatural", "My Girls", "Brother Sport" et son pont infini génial et hypnotique, qui ferme le concert. On est 300 à se laisser envoûter jusqu'au bout.

Merci l'équipe de TINAL, à Paloma, merci Death Grips, merci Animal Collective. Ca donne beaucoup d'espoir et ça rassure de voir des gens s'impliquer ainsi dans l'indépendance de la musique tous azimuths, en France. Animal Collective, on se voit mercredi au Trianon à Paris, et si dieu Avey Tare le veut bien, j'aurai droit cette fois à ma version de "The Purple Bottle".

lundi 20 mai 2013

close your eyes for what you can't imagine



On disait quoi déjà ?
à 2:30, Earl Sweatshirt débarque, tout en nonchalance. Présence vocale d'une flegme hallucinante, comme sa paire de lèvres est démesurée et distribue savamment les mots combinés au compte gouttes.

Dans une traduction approximative, le "close your eyes for what you can't imagine" introductif a donné son nom à ce blog. Un couplet monumental comme ce titre prend du sens, dans sa forme. 



Frank Ocean est au sommet. Il alterne les registres l'air de rien (on l'entend si rarement rapper !), sur une instru épurée à la production fine, comme tout l'album "Channel Orange". Un titre un brin plus hip-hop, apaisant dans sa monotonie. 

C'est tout rassurés qu'on se retrouve, au fil de la narration d'Ocean, plongés dans l'ambiance des soirées opulentes de ces "super rich kids". Puis, les "too many bottles of this wine we can't pronounce" et "too many white lies and white lines" linéaires se cassent, comme la vague de Sunset Beach, sur des histoires de rooftop californiens au petit matin, avec l'éclat du chant retrouvé d'Ocean (sic) : "start my day up on the roof, there's nothing like this type of view.


La complainte r&b nous fait ici regretter l'intensité de ces souvenirs dorés qu'on ne vivra jamais, de la quête infinie de l'amour vrai ("I'm searching for real love"), de ce moment ou elle a attrapé ma main alors que j'allais sauter ("i'm on that ledge, she grabs my arm").

Puis Earl déboule à moins 200km/h, et commence à étaler ses mots, en restant toujours le plus proche du rythme. Ils étirent le tempo et font vibrer le silence entre chaque note. Le flow est presque aphone, et brille par la justesse de sa sobriété. Sa voix pose un clavier déjà répétitif, celui même qui a emporté le titre dans un ballotage enivrant depuis les premières secondes. En anglais, dans le texte :

" Close your eyes for what you can't imagine; we are the xany gnashing
Caddy smashing, bratty ass; he mad, he snatched his daddy's Jag
And used the shit for batting practice, adam and annie trashing
Purchasing crappy grams with half the hand of cash you handed
Panicking, patch me up; Pappy done latch keyed us
Toying with Raggy Anns and mammy done had enough
Brash as fuck, breaching all these aqueducts; don't believe us
Treat us like we can't erupt, yup "

La vérité, c'est que Frank Ocean a annoncé hier une date parisienne, le 3 juillet au Zénith. Ce sera sa première en France en solo, puisqu'il avait annulé Rock en Seine l'année dernière, et n'était pas sur la feuille de match (pas plus que Earl Sweatshirt) lors du passage bouillant de son crew Angelino - Odd Future - au Trianon, l'été dernier (check Tyler, The Creator qui porte le maillot du PSG !) .

Tout le monde revient donc début juillet 2013 pour une séance de rattrapage (le crew Odd Future sera le 2 au Trabendo), et on l'espère des featurings à gogo, du hip-hop qui claque, du rap qui calme, et un hommage à un album monumental, "Channel Orange", et pas que... (là contactez moi pour en savoir plus - et si vous avez lu jusque là - sinon un prochain billet, si tout va bien). On fêtera ses un an, presque, tous ensemble !

Check ci-dessous une version live de Super Rich Kids. L'entrée remarquée de Earl à 2:25, tout fraichement rentré de son exil aux îles Samoa, pas majeur pour autant ...

Fais ton choix ! On se voit en juillet !